« Il avait trois ans lorsqu’on lui apporta une paire de petits souliers rouges qui lui parut admirable. On l’habillait, et il avait hâte de sortir avec sa chaussure neuve. Tandis que sa mère lui peignait ses longs cheveux bouclés, il trépignait d’impatience ; enfin il s’écria d’un ton larmoyant :

Dépêchez-vous donc, maman ; mes souliers neufs seront vieux ! » 1.






Nous rapportons cette anecdote car elle nous semble hautement significative de la personnalité que nous voulons décrire.

Louis-Charles-Alfred de Musset naît en 1810, au sein d’une famille parisienne que l'on dit unie et cultivée. Brillant écolier, il accumule des années d’avance. Le futur poète reçoit un grand nombre de récompenses dont le prix d'honneur au Collège Henri IV en 1827 et le deuxième prix d'honneur au concours général la même année.


Plus tard, il s’intéresse entre autres au Droit et à la Médecine. Paul de Musset, son frère aîné, racontera que


« rebuté par l’aridité du droit, il voulut essayer de la médecine ;

mais la dissection des cadavres lui inspira un dégoût insurmontable »2.


Le cadet ajoute :

« Jamais, je ne serai bon à rien, jamais je n'exercerai aucune profession.

L'homme est déjà trop peu de chose sur le grain de sable où nous vivons ;

bien décidément, je ne me résignerai jamais à être une espèce d'homme particulière »3.

Le jeune homme finit par faire admettre qu'il est bien destiné à la carrière des lettres.


Physiquement parlant, le jeune homme remporte tous les suffrages, tant féminins que masculins. Les compliments sont nombreux et forment l’essentiel dans les portraits qui lui sont consacrés, comme on peut le voir ci-dessous :

« la coupe gracieuse de son visage au front intelligent, au nez aquilin,

avec de grands yeux bleus que leur regard ferme et profond faisait paraître noirs,

une grande fraîcheur de teint, une bouche expressive toujours prompte à sourire [...] »4


Victor Hugo évoque, lui, « ses cheveux d’un blond de lin », « son regard ferme et clair », « ses lèvres vermillonnées et béantes »5.

Banville, alors jeune poète lui aussi, décrit également « ce puissant menton byronien, et surtout ce large front modelé par le génie, et cette épaisse, énorme, violente, fabuleuse chevelure blonde, tordue et retombant en onde frémissante, lui donnant l’aspect d’un jeune dieu »6.

Ce dernier mot de dieu, ainsi que le titre de prince de la jeunesse, lui a souvent été décerné. Souvent considéré comme un dandy, il a conservé cette image de jeune homme élégant jusqu’à la mort.

Sainte-Beuve tracera de lui ce « séduisant pastel » :

« C’était le printemps même, tout un printemps de poésie qui éclatait à nos yeux. Il n’avait pas dix-huit ans :

le front mâle et fier, la joue en fleur et qui gardait encore les roses de l’enfance, la narine enflée du souffle du désir,

il s’avançait, le talon sonnant et l’œil au ciel, comme assuré de sa conquête et tout plein de l’orgueil de la vie.

Nul, au premier aspect, ne donnait mieux l’idée du génie adolescent »7.


_______________________________________________________

1 - Paul de Musset, Biographie d’Alfred de MUSSET, Paris, Editions Charpentier, 1888.

2 - Ibid.

3 - André Villiers, La Vie Privée d'Alfred de Musset, Paris, Hachette, 1939.

4 - Vicomtesse Alix de Janzé, Etudes et récits sur Alfred de Musset, Paris, Editions Plon et Nourrit, 1891.

5 - André Villiers, op. cit.

6 - Ibid.

7 - Annales de l’Est, Alfred de Musset, par Emile Krantz, 1890.1.4ème année.




Album-Musset-Menu Citations d'Alfred de Musset Quelques poèmes

Accès direct :

Page 2 - Page 3 - Page 4

eXTReMe Tracker


Accueil Accueil