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Alfred DE MUSSET
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A L B U M
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Famille - Entourage - Lieux
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La Madeleine
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Eglise Saint-Roch (Paris)
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Rue du Mont-Thabor (Paris)
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Manoir de Bonaventure
Famille
d'Alfred DE MUSSET :
Père & Mère
Victor-Donatien
DE MUSSET-PATHAY
&
Edmée-Claudette,
née GUYOT-DESHERBIERS


Images issues de l'ouvrage
Alfred DE MUSSET,
Jeanne Delais, Paris-Match,
Collection "Les Géants", 1974.
Crédits photographiques : Bibliothèque nationale.
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Tous deux reposent
au Cimetière du Père Lachaise
auprès de leur illustre fils.

Famille d'Alfred DE MUSSET :
Paul DE MUSSET,
frère aîné d’Alfred DE MUSSET

1804 - 1880
Image issue de l'ouvrage
Biographie d'Alfred DE MUSSET, Paul DE MUSSET, Paris, Edition Charpentier, 1888.
Portrait gravé par M. Dubouchet.
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• Voir aussi la sépulture de Paul DE MUSSET, au Père-Lachaise,
Entourage d'Alfred DE MUSSET________________
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Aimée D'ALTON
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« Elle était ce que le poète l'a dépeinte :
franche, loyale, jolie et d'un blond irrésistible »...
Jules Troubat, repris par Léon Séché, Les Annales romantiques.

« Elle était très fine, assez libre d'allures, ayant été élevée à l'anglaise, comme on disait ; petite et blonde, comme Madame Jaubert elle-même, de qui elle était la cousine.
C'était Melle Aimée-Irène d'Alton.
Elle avait alors vingt-cinq ans, un an à peu près de moins que Musset. A cet âge et ainsi faite, elle était très entourée et très courtisée. Il était immanquable que Musset lui fît la cour ».
Maurice Allem, A la gloire de... Musset, Paris, Edition de La Nouvelle Revue Critique, 1940.

Aimée D’ALTON
20 septembre 1811 - 30 novembre 1881
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Figurine en Biscuit de Sèvres
par J.-A. BARRE
Alfred de Musset, Henry Dwight Sedgwick
A lire dans la rubrique C o r r e s p o n d a n c e :
quelques extraits de leur "liaison-papier".
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L'échange de lettres débute en mars 1837.
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Parmi elles, il en est de fameuses, de piquantes…
A lire pour le plaisir... _____________
« Durant les premières semaines, on s'écrivit des lettres brûlantes et folles d'un côté, mais assez réservées de l'autre. Le petit moinillon fut même, à un certain moment, quelque peu effrayé des libertés du poète et lui rappela malicieusement le proverbe qui dit qu'on ne doit pas vendre la peau de l'ours qu'on ne l'ait mis par terre !
Mais Alfred, qui savait maintenant à qui il avait affaire, laissait dire le petit moinillon rose et s'enflammait de plus en plus. Si bien que pour éteindre cet incendie, Aimée, qui était bonne fille, ne trouva d'autre moyen que de se donner, au mois d'avril suivant, corps et âme ».
Notes de L. Séché à l'édition des Lettres d'Amour d'Alfred de Musset à Aimée d'Alton, 1910.
« Il y a bien des sortes d'oiseaux, il n'y a qu'un rossignol.
Quoi qu'on dise, Aimée D’ALTON a été une personne avisée, de ne point jeter au feu ces billets ; elle nous eût privés d'un petit livre qui ne sera plus oublié et que toutes les femmes voudront souvent relire »...
R. de Gourmont, Promenades littéraires, IVème série, Paris, Mercure de France, 1924.
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« Ces lettres sont d'un Musset jeune, gai, spirituel, voluptueux ; ce ne sont pas pas des qualités extrêmement rares chez un jeune homme de vingt-six ans. Si toutes les femmes donnaient à publier les lettres d'amour qu'elles ont reçues d'un amoureux de cet âge béni, je crois tout de même qu'il y en aurait peu d'aussi agréables que celles de Musset.
Tout le monde aime, mais peu savent exprimer leur amour en un beau langage ».
R. de Gourmont, Promenades littéraires, IVème série, Paris, Mercure de France, 1924.
Voici une liste non exhaustive des appellations diverses concoctées par Musset pour la belle Aimée…
« Ma bien-aimée, mon amie, mon amante, Poupette, ma Blanche belle, ma nymphette Poupette, ma belle Mimouche, sa Majesté Poupette, ma chère âme, ma chère Poupette, coquette Poupette, chère belle, belle blonde chère, mon bel amour, ma blanche beauté, mon bel et adoré amour, mon bel ange bien-aimé, ma belle enfant, ma chère Fanfan, chère mauvaise tête, mon cher cœur, ma belle chère blonde, ma chère beauté, ma chère blanche, ma chère et blanche blonde... »
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Pour mieux connaître Aimée D’ALTON, il faut aussi connaître cet épisode de sa vie.
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Voici la couverture d'un ouvrage qui peut inspirer des impressions diverses.

Voici Aimée D’ALTON
et ses « deux » Musset »
réunis sur une même couverture...
Le nom de l’auteur est bien celui d’Alfred de Musset.
Titre : Lettres d’amour à Aimée D’ALTON.
Ne pas omettre l’étonnante précision apportée par le sous-titre,
pourtant entre parenthèses :
Madame Paul DE MUSSET
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Amour d'une ancienne maîtresse, amour fraternel de la part de Paul, envers son cadet Alfred... Ce livre, quoi qu'on en dise, [et dieu sait qu'on en a déjà dit beaucoup...], reste la preuve d'un souvenir chéri, entretenu, et ce, par delà les convenances...
Il s'agit donc bien ici de la correspondance reçue par Aimée d'Alton de la part du poète Alfred DE MUSSET. L'affaire prend un nouveau tour lorsque l'on sait qu'Aimée épousa Paul, le frère d'Alfred en 1861, soit quatre ans après le décès de ce dernier. Aimée se laissa tenter, dit-on, mais « à son corps défendant ». Elle qui avait toujours voué un culte à la liberté, à sa liberté de femme...
« - le 23 mai - à la mairie du 8ème arrondissement, Aimée convolait en justes noces, en présence de tous ses anciens amis qu'elle avait invités, malgré la grimace de son futur, pour bien leur signifier qu'elle faisait une fin ».
Notes de L. Séché à l'édition des Lettres d'Amour d'Alfred DE MUSSET à Aimée D’ALTON, 1910.
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« On est stupéfait en voyant cet époux commenter les déclarations adressées à celle qui fut sa belle-soeur avant d'être sa femme. Il la considère, il est vrai, comme une sorte de veuve par lui épousée. Il l'aime jusque dans l'amour que son frère eut pour elle. Il biffe, pour la postérité, les mots qui peuvent la diminuer aux yeux de l'implacable avenir ».
J. Clarétie, La vie à Paris, G. Charpentier et E. Fasquelle Editeurs, 1911.
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« Et plus tard, quand Paul fut parti à son tour, elle ne laissa à personne le soin de défendre « mes Musset, mes pauvres morts », comme elle l'écrivait à Jules Troubat au mois de janvier 1881.
[...]
Cela fait, elle attendit tranquillement sa fin au milieu des chères reliques qu'elle avait rassemblées dans son appartement de la rue Cambon. Et dès qu'elle la sentit venir, au commencement de l'été 1881, elle se fit conduire chez les Dames de l'Espérance, rue de Clichy, 34. C'est là qu'elle s'éteignit le 30 novembre de la même année quelques mois seulement après son mari. Depuis lors, ils reposent à côté l'un de l'autre, au cimetière du Père Lachaise, à quelques centaines de pas du tombeau d'Alfred de Musset. Je me demande même pourquoi on les a pas enterrés avec lui. Après ce que je viens de raconter, il me semble qu'ils avaient bien le droit de réclamer pour leurs cendres une part de l'ombre légère que le saule du poète répand sur son mausolée ».
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"Où nous verrons-nous ?" avait demandé Melle d'Alton.
Elle est revenue à Paris ; elle descend chez une amie, rue Saint-Lazare. Où nous verrons-nous ? Musset demeure rue de Grenelle, à la fontaine de Bouchardon. L'appartement n'est pas bien grand, et il y a là-dedans une mère, un frère, une sœur, trois domestiques. Mais puisqu'elle a dit : "Je suis à vous dès l'aube", plus de danger, plus de difficultés. Qu'elle vienne donc entre sept et huit heures du matin ! A cette heure, maîtres et valets ronflent sur les deux oreilles.
Pour aller de la rue Saint-Lazare à la rue de Grenelle, il faut une demi-heure à un fiacre qui va mal et un quart d'heure à un fiacre qui va bien. Elle entrera dans la cour ; il la guettera à sa fenêtre, derrière les rideaux, ce dandy !
Une fois montée et enfermée dans la chambre de l'ami, on ne soupçonnera même pas sa présence. "Sortir est facile". Parbleu, l'important qu'elle entre !
"O bel ange, quel jour, quelles pensées ! Tes lettres me rendront fou. Adieu, adieu. Mille baisers".
Au reçu de cette lettre, Mlle Aimée D’ALTON exécute un si-sol et Alfred, avant d'ouvrir la réponse d'Aimée à cette lettre, a exécuté le même pas. Télépathie, télépathie ! Entre sept et huit heures, c'est de bien bonne heure, peut-être ? Mais elle est amoureuse et faut-il qu'elle le soit !
Elle se lève à six heures, à sept heures elle est coiffée (si l'on peut dire), habillée, parée, elle saute dans un fiacre et un beau matin, ah ! si beau ! elle est rue de Grenelle, dans la petite chambre. Rien ne s'oppose à ce que tout se soit passé entre Alfred et Aimée, comme entre Pippo et Béatrice dans Le Fils du Titien :
"Mais elle le repoussa doucement et lui dit en secouant la tête avec une tristesse pleine de grâce : "- Vous ne m'aimez pas, vous n'aurez pour moi qu'un caprice ; mais je vous aime et je veux d'abord me mettre à genoux devant vous". Elle s'inclina en effet : Pippo la retint vainement en la suppliant de se lever. Elle glissa entre ses bras et s'agenouilla sur le parquet".
N'en doutons pas, Aimée s'est agenouillée sur le parquet. Elle dut se donner royalement, avec sa petite perruque*. C'était une enfant sentimentale. Et puis, elle avait conçu un projet qui ennoblissait son amour. Elle avait résolu d'arracher son amant à la vie qu'il menait. Elle savait qu'en lui, malgré ses désordres, le feu sacré de la poésie n'était pas éteint, mais seulement couvert de cendres et elle espérait que l'amour ranimerait la divine étincelle.
Et, par le fait, elle eut sur Musset, comme on dit, une bonne influence. Il travaillait avec assiduité, sans surexcitation".
[...]
*"Elle lui a avoué qu'elle avait la tête rasée et qu'elle portait une petite perruque, mais qu'elle viendrait au mois de mai. Il pleure de joie".
[...]
"Quant à la petite perruque, ça n'a aucune importance ; au contraire :" "J'adore déjà votre petite perruque. Est-elle bien pareille à vos cheveux ? Vous donne-t-elle toujours ce petit air de beau page lutin ? Ah ! comme je l'aimerai sur cette tête où elle tiendra comme elle pourra, quand je l'y verrai !"
Cette liaison dura, dit-on, deux années entre 1837 et 1839. En 1842, Musset se souvient pourtant. Et lui écrit.
Tout m'ennuie. M'aimes-tu encore ?
Il n'y a que toi qui aies du cœur.
Pas de lettre.
Oui ou non.
[14 janvier 1842]
"Elle le laissa venir ; mais pour lui dire que c'était bien fini, que le temps avait fait son œuvre...
Et on se sépara, bons amis".
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XXème Siècle • Année 1957
"Le centenaire d'Alfred DE MUSSET vient d'être célébré avec éclat et nos lecteurs n'ont pas oublié les articles de Maurice Donnay et d'Emile Henriot. Le poète du cœur garde toujours ses fidèles".
La revue Historia, spécialisée dans les faits divers de l'Histoire, choisit de présenter un article intitulé "Le roman d'Aimée D’ALTON et de MUSSET" par Maurice Donnay de l'Académie française.
Un portrait d'Aimée D’ALTON (Pastel - Collection particulière) et un extrait de poème autographe de Musset à Aimée D’ALTON complètent la publication.

HISTORIA, La revue vivante du passé,
(le 1er de chaque mois), Directeur : Chr. Melchior-Bonnet, n°129, Août 1957.

VOIR AUSSI
• Deux pièces de poésie du poète à sa muse : A Aimée d'Alton et Le petit Moinillon (A venir)
​
• Vers la sépulture d'Aimée d'Alton et de Paul DE MUSSET, son époux : Périple au Cimetière du Père-Lachaise, Paris.
• Femmes de la vie de Musset… (A venir)
Famille
d'Alfred DE MUSSET :
Alice Albine Madeleine Hermine LARDIN DE MUSSET,
dite
Alice LARDIN DE MUSSET.
Son nom est resté du fait de la publication d'un recueil de poésie, Giboulées, en 1908.
Dans l'arbre généalogique de la famille DE MUSSET,
elle est la petite-fille d'Hermine, sœur d'Alfred DE MUSSET.
Fille de Paul-Anatole LARDIN DE MUSSET et de Thérèse-Victorine LE GOUAS,
tous deux enterrés au Père-Lachaise dans le caveau de la famille LARDIN DE MUSSET,
elle est née en 1877 et décédée en 1962.
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Giboulées, Editions Arrault, 1908.
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Périple au Père Lachaise : ​M o n u m e n t s…
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Famille [supposée]
d'Alfred DE MUSSET :
Norma TESSUM-ONDA​

Il est à La Rochelle, dans le petit cimetière Saint-Maurice, une sépulture dont on dit qu'elle rappelle très curieusement le monument funéraire d'Alfred de Musset au Père-Lachaise à Paris.

Les deux tombes se ressemblent, c'est un fait, et le nom gravé dans la pierre à La Rochelle, a de quoi en laisser plus d'un pantois : Norma Tessum-Onda.
Précisons d'emblée que le mystère de cette naissance n'a jamais été élucidé.
Mystère, mystification ou encore supercherie... Nul ne sait...
Tessum serait donc le nom Musset "renversé"... Le prénom Norma cacherait donc le mot roman.
Onda pose davantage problème. Le S majuscule se serait fondu en un O majuscule… et cacherait le pseudonyme Sand.
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Portrait de la demoiselle Tessum-Onda
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• Collection Aurélien Sholl - Photographie Panajou •
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« C'est une miniature entourée d'un ovale de cuivre doré, en saillie sur un fond de velours grenat. Le cadre est ciselé ; le brocanteur qui l'a vendu a fait observer qu'il était travaillé à la main.
[...]
La jeune fille paraît avoir dix-huit ans. Sa jolie figure est peinte de trois quarts. Le front, d'une ligne très pure, est couronnée de cheveux d'un blond tirant sur la châtain. Le nez droit, bien fait, avec deux petites narines qui ressemblent à des virgules roses. Les yeux noirs, rêveurs et comme en contemplation devant une énigme, sourcils réguliers d'un arc peu prononcé. Bouche petite. Les lèvres, - un pli de rose rouge. Le menton tout à fait joli, ni rond ni pointu. Elle est coiffée d'un petit chapeau mousquetaire, jeté sur le derrière de la tête, le rebord du feutre gris relevé sur le front. Un nœud de ruban rose est planté sur le côté, comme une aigrette. Un paquet de cheveux noués retombe sur l'épaule, après avoir décrit une petite sinuosité au-dessus de l'oreille, comme un filet d'eau qui rencontre un caillou. Autour du cou, qui accuse la fermeté de la jeunesse, une chaînette d'or supporte un médaillon. Sur ce médaillon, on distingue une petite croix. Collerette bordée de dentelle, robe foncée d'un violet presque noir... »
Le Monde Moderne, tome 23, Les énigmes littéraires, par Boyer d'Agen.
Pour constater la proximité de style des sépultures,
rendez-vous dans la rubrique M o n u m e n t s...
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Des nouvelles de Norma...

Portrait de Norma Tessum-Onda,
par Fabrice NEAUD,
illustration d'un article
de la revue "Actualité Poitou-Charentes",
dont cette image est extraite (N°64).
Lien vers le site consacré à l'auteur :
que nous remercions.
Entourage d'Alfred DE MUSSET :
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Alfred TATTET, l’ami
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et la ville de SAMOIS-sur-Seine (France)

1809-1856
Image issue de l'ouvrage
Alfred de Musset, Jeanne Delais,
Paris-Match, Collection "Les Géants", 1974.
Crédits photographiques : Agence Giraudon.
Concernant Alfred Tattet,
voir aussi le domaine de Bury, la rue Grange-Batelière, la Madeleine, etc…
Parmi tous les viveurs que Musset fréquenta à partir de 1830, il ne rencontra vraiment qu'un ami. Par ce mot, j'entends le conseiller de toutes les heures, le confident de toutes les joies, de toutes les peines. [...]
Musset avait beau acquérir de nouveaux titres de gloire, Tattet ne lui en trouvait jamais assez tant il avait d'ambition pour lui. Aussi, tout en faisant avec lui la fête, ne cessait-il pas de l'exciter au travail, le sachant enclin à la paresse. C'était surtout de ses liaisons qu'il se méfiait, ayant remarqué déjà que l'amour le rendait fou. [...]
Je me souviens d'un trait qui fait honneur aux deux amis en cause. Le voici dans sa noble simplicité. Nous sommes au printemps de l'année de 1857. Alfred Tattet est mort d'une attaque de goutte au mois de novembre précédent, et Musset sent venir sa fin. Un jour que sa gouvernante le grondait de je ne sais quelle imprudence : "Ne vous fâchez pas, lui répondit-il, ce sera peut-être la dernière, mon ami Tattet m'appelle et je crois que j'irai bientôt le rejoindre". Quand l'amitié se manifeste de cette façon touchante, on devrait lui donner un autre nom, car elle est aussi tendre que l'amour.
Léon Séché, Les Annales romantiques.
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Samois-sur-Seine

« La tombe d'Alfred Tattet est au bout de la première allée à droite, au milieu d'un bosquet de fusains taillés aux ciseaux, d'où s'élance une grande croix de pierre blanche. Autour de cette croix, disposées en forme d'étoile, se dressent cinq pierres tombales dont une plus petite recouvre le corps d'un enfant. Tattet dort au milieu des siens, comme un bon père de famille, et la façon dont son enfeu est entretenu prouve qu'il y a quelque part des âmes qui gardent pieusement son souvenir ».
Léon Séché, La Jeunesse dorée.



La date du 25 janvier 1892 reste un mystère.
A noter, rien n'apparaît sur la petite sépulture, à gauche.
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« Mon pauvre vieux, mandait-il à Arvers au mois de septembre 1850, je ne suis plus heureux décidément que dans ma maisonnette que je ne quitterai guère plus, à ce que je vois. Fini des voyages et des déplacements ! cela n'est bon que lorsqu'on est jeune, curieux, avide d'émotions nouvelles et de romantiques aventures. A mon âge, il faut rester dans le nid que l'on s'est fait et ne pas lâcher la proie pour l'ombre, comme le chien de la fable.
Quant Tattet écrivait ces lignes, il n'avait guère que quarante ans, mais il était plus vieux que son âge, ayant brûlé, comme on dit, la chandelle par les deux bouts. La goutte qui ne pardonne pas, lui fit expier durement ses excès de toute sorte. Il mourut dans d'atroces souffrances, le 4 novembre 1856, neuf ans jour pour jour après son père.
[Avec la mort de Félix Arvers] C'était le deuxième anneau qui se brisait dans la chaîne de la Jeunesse dorée. Sept mois plus tard, Alfred de Musset rompit le troisième. On connaît son mot : « Tattet m'appelle, je ne tarderai pas à le rejoindre ».
Tattet est enseveli dans le petit cimetière de Samois. « Cache ta vie », dit le sage. Ce joyeux viveur s'est borné à cacher sa tombe, mais il ne pouvait choisir un endroit plus retiré et plus tranquille. On accède à ce petit cimetière, comme aux belles maisons de campagne, par une allée ombreuse qui invite à y entrer. C'est vraiment la maison du silence. On n'y entend tout le jour que le chant des oiseaux dans les cyprès, et l'herbe par endroits est si haute, qu'elle assourdit le pas de ceux qui viennent prier ».
Léon Séché, La Jeunesse dorée.
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Entourage d'Alfred DE MUSSET :
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Adèle MARTELLET, née COLIN
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Profession : gouvernante de poète


Je lis tous les journaux, j'achète tous ceux qui parlent de lui. Ils sont en général tous très bienveillants, mais ils ne disent, selon moi, pas la moitié du bien et du beau qu'il y a à dire de lui. Le temps viendra où on lui rendra justice, mais toujours trop tard. Quel malheur que de mourir si jeune ! Il ne manque à personne autant qu'à moi qui n'ai jamais cherché une heure de distraction qu'auprès de lui. Me voilà seule, maintenant, avec mon malheureux chien, qui, je crois, a tout compris. Il est continuellement triste, ne veut pas me quitter et semble toujours m'interroger.
Extrait, lettre d’Adèle MARTELLET adressée à la mère du poète, Madame DE MUSSET,
après le décès de celui-ci, mai 1857,
Alfred de Musset, intime – Souvenirs de sa gouvernante, Adèle MARTELLET.
Elle porte avec une belle vaillance le poids de ses quatre-vingt-dix ans. L'âge n’a point glacé son cœur, le temps n’a point neigé sur ses souvenirs. Elle a conservé à la mémoire du poète une fidélité agissante qui a la piété d'un culte.
Une précieuse lucidité, gardienne des défuntes choses qui lui furent chères, l’autorise à défendre cette mémoire — tout son bien — contre les attaques, les erreurs et les préjugés. Elle n’y manque pas, vigilante et attentive, l’œil singulièrement sagace derrière les vitres nettes de ses bésicles.
Préface par G. Montorgueil, Alfred de Musset, intime – Souvenirs de sa gouvernante, Adèle MARTELLET.
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Entourage d'Alfred DE MUSSET :
​
Augustine BROHAN, Actrice
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1824-1893
Au pied de ce portrait :
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J'ai vu ton sourire et tes larmes,
J'ai vu ton cœur triste et joyeux :
Qui des deux a le plus de charmes ?
Dis-moi ce que j'aime le mieux :
Les perles de ta bouche ou celles de tes yeux ?
Quintille et autographe de Musset, juillet 1846.
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Ma chère Brohan,
Je n'ai pas voulu vous écrire que vous étiez charmante, parce que je voulais vous le dire, mais vous le savez, je suppose. Ce dont je veux que vous ne doutiez pas, c'est que votre gentil cadeau m'a fait le plus grand plaisir, et que je conserverai toujours ce bon souvenir d'une amitié qui vaut bien des amours.
Tout à vous,
Alfd de Musset
Billet inséré dans l'édition de la Biographie de Musset, par Eugène de Mirecourt, Paris, Roret et Compagnie Editeurs, 1854, Collection Les Contemporains.
​

Entourage d'Alfred DE MUSSET :
​
Maria-Felicia MALIBRAN, Cantatrice

Maria-Felicia MALIBRAN
Cantatrice
1808-1836
XIV
Nous faut-il perdre encor nos têtes les plus chères,
Et venir en pleurant leur fermer les paupières,
Dès qu’un rayon d’espoir a brillé dans leurs yeux ?
Le ciel de ses élus devient-il envieux ?
Ou faut-il croire, hélas ! ce que disaient nos pères,
Que lorsqu’on meurt si jeune on est aimé des dieux ?
Extrait des Stances que Musset, très affecté, consacra « A La Malibran ». La jeune cantatrice décède en 1836, à 28 ans, des suites d’une chute de cheval en Angleterre. Année difficile pour Alfred de Musset, qui fut aussi celle de l’écriture de La Confession d’un Enfant du Siècle.
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A La Malibran, Lire le poème (A venir)
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Maria-Felicia Garcia-Malibran,
par Henri Decaisne (1799-1852)
​
"L'illustre chanteuse,
dont la mort prématurée
inspira à Alfred de Musset des Stances célèbres,
est représentée dans le rôle de Desdémone
dans l'Otello de Rossini,
l'un où elle était le plus admirée".
​
Legs de Mme Harquel-Garcia, 1924.
Notice du Musée Carnavalet
qui expose le tableau.
Entourage d'Alfred DE MUSSET :
​
Rachel, Actrice

1821-1858
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Élisabeth Rachel Félix,
plus connue sous son seul prénom Rachel
ou comme Mademoiselle Rachel,
est née le 21 février 1821 à Mumpf (Suisse)
et décédée le 3 janvier 1858 au Cannet (France).
On ne voyait que lui dans la loge de Rachel, et quand il allait en soirée chez sa marraine [Caroline Jaubert], c'était pour s'entendre dire, au cours d'une scène de magnétisme, par une somnanbule extra-lucide, que la personne à laquelle il pensait répondait au nom de :
A. C.
H. R.
L. E.
​
"Charles !", disait Madame Jaubert, en riant.
"Non s'empressait de répondre Alfred de Musset,
mais Rachel, dont Charle est précisément l'anagramme".
​
Léon Séché, Les Annales romantiques.
Image issue de l'ouvrage Alfred de Musset, Jeanne Delais, Paris-Match, Collection "Les Géants", 1974.
Crédits photographiques : Agence Giraudon.
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1961
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Parmi les Poésies posthumes de Musset, celle-ci, dont la date (1839 ?) reste incertaine :
A Mademoiselle Rachel
Si ta bouche ne doit rien dire
De ces vers désormais sans prix ;
Si je n'ai, pour être compris,
Ni tes larmes, ni ton sourire ;
Si dans ta voix, si dans tes traits,
Ne vit plus le feu qui m'anime ;
Si le noble coeur de Monime
Ne doit plus savoir mes secrets ;
Si ta triste lettre est signée ;
Si les gardiens d'un vieux tombeau
Laissent leur prêtresse indignée
Sortir, emportant son flambeau ;
Cette langue de ma pensée,
Que tu connais, que tu soutiens,
Ne sera jamais prononcée
Par d'autres accents que les tiens.
Périsse plutôt ma mémoire
Et mon beau rêve ambitieux !
Mon génie était dans ta gloire ;
Mon courage était dans tes yeux.
​
Musset avait entamé pour elle l’écriture d’une tragédie, projet qu’il abandonna devant le manque d’enthousiasme de Rachel.
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Dans la presse, en 2021 !
Publié le jeudi 14 janvier 2021, par Pierrick Geais
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« Récit : L’excentrique Mademoiselle Rachel, l’actrice qui a séduit Napoléon III, Flaubert et De Musset.
Véritable célébrité de la première moitié du XIXème siècle, Mademoiselle Rachel pouvait se vanter de jouer sur les scènes du monde entier, et d’accueillir dans son lit les hommes les plus convoités de son époque ».
Lire l’article dans son intégralité :
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Entourage d'Alfred DE MUSSET :
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Ulric GUTTINGUER, l’ami
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et le "Chalet Güttinger" de Saint-Gatien-des-Bois (Département du Calvados - France)
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​« En 1840, Guttinguer avait cinquante-cinq ans bien comptés, étant né à Rouen en 1785. Ce n'était donc plus un jeune homme. Il avait le front légèrement déplumé, la patte d'oie à l'œil, la figure et le cou sillonnés de rides, mais il portait encore beau malgré tout, et il était si jeune d'esprit et d'allures, qu'on ne lui aurait pas donné dans le dos plus de quarante ans. Au moral, ce brillant cavalier était une manière de sybarite catholique. Après avoir brûlé la chandelle par les deux bouts, il avait un matin senti les effets de la grâce.
C'est du moins ce qu'il a raconté dans le roman d'Arthur. Mais il convient, pour n'être pas dupe, d'en prendre et d'en laisser. On se tromperait étrangement, par exemple, si l'on s'imaginait qu'il vivait là, dans la prière et la pénitence, à côté d'une tête de mort, comme les anachorètes de la primitive Eglise, qui se retiraient au désert. Guttinguer comprenait la religion à la façon des épicuriens ou, ce qui revient au même, à la façon de Chateaubriand. Il la conciliait avec toutes les passions de l'amour. Pour lui c'était une rose mystique qu'on devait effeuiller d'une main pieuse sur un beau corps de femme pâmée. Aussi les femmes et les poètes romantiques connaissaient-ils le chemin de Saint-Gatien-Ies-Bois.
Musset aussi fit le voyage de Saint-Gatien, à l'automne de l'année 1830, peu de temps avant la publication des Contes d'Espagne et d'Italie, et de ce voyage sentimental il rapporta les vers célèbres
​
Ulric, nul œil des mers...
​
qui suffiraient à immortaliser le nom de son hôte, si Guttinguer n'avait dans son propre bagage de quoi le sauver à tout jamais de l'oubli. Car il avait un véritable talent d'écrivain, un talent de femme et qui sentait la culture du XVIII siècle, auquel il appartenait par sa naissance et son éducation. Le roman d'Arthur, qui au fond n'est autre que le sien, tourna plus d'une tête à son apparition et lui conquit plus d'une âme sœur. Il se lit encore aujourd'hui avec plaisir, sinon avec fruit, la mentalité des lecteurs de romans variant d'une génération à l'autre. Et quant à ses poésies, dont Sainte-Beuve comparait la partie plaintive à certaines élégies de Mme Desbordes-Valmore, elles n'ont rien perdu de leur charme féminin.
Cependant il vint un jour où il éprouva le besoin de se rapprocher de Paris. C'était en 1836, après son mariage. Il acheta à Saint-Germain, rue du Château-Neuf, une petite maison qu'il appela sa Terrasse, et comme Saint-Germain était encore trop loin du boulevard, même avec le chemin de fer, il loua un peu plus tard, rue de Courcelles, n°10 bis, aux Champs Elysées, un pavillon qu'il baptisa les Lilas, tant il y en avait. De la sorte il eut maison de ville et maison de campagne où il put recevoir ses amis, l'hiver et l'été. Mais le chalet de Saint-Gatien-les-Bois demeurait la villégiature préférée du maître et de ses hôtes.
Ce ne fut pas sa faute, par exemple, si Musset mourut dans l'impénitence finale. On sait ce que ce mot veut dire. Vingt fois il l'avait mis en garde contre les boissons excitantes et vingt fois il lui avait prêché, à défaut du mariage, pour lequel il ne lui semblait pas fait, « une bonne fin tranquille dans un port aimable et sûr ».
Mais Musset était de ces malades qui ne veulent pas guérir et ne se relèvent que pour retomber. Le 2 juillet 1838, Sainte-Beuve écrivait à Juste Olivier « Chez Guttinguer je devais trouver Musset, qui loge pour le quart d'heure à Saint-Germain à une fashionable auberge où il pratique la vie de ses drames ; mais gris le matin, il avait de plus un rendez-vous à Paris, et n'a pu être de retour à temps.
C'était si triste que Guttinguer adressa une verte semonce à Musset. Il y répondit en riant par les vers qu'on va lire. Ce n'était pas la première. Dès le mois de septembre 1829, après avoir reçu sa visite au Chalet, il lui adressait une pièce de vers se terminant par ce souhait
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Puisse Dieu,
Te donner à Racine et t'ôter à Byron.
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(Fables et Méditations)
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A ULRIC GUTTINGUER
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Jugez combien l'ivresse est sainte,
Puisque avec deux verres d'absinthe
On peut doubler le firmament.
(Vers trouvés dans les papiers de Guttinguer)
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« Comment se fâcher, je vous prie, avec quelqu'un qui prend si gaiement les remontrances ? Guttinguer se contenta donc de rire de ces petits vers et continua à pratiquer Musset comme devant.
Il fit plus, il le défendit, la plume à la main, chaque fois qu'il en trouva l'occasion ».
Léon Séché, Etudes d'histoire romantique, Tome 1, Paris, Mercure de France, 1907.
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Madame Ulric Guttinguer
née Virginie Gueudry,
d'après une miniature appartenant à M. d'Ervillé.
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Léon Séché, Etudes d'histoire romantique, Tome 1, Paris, Mercure de France, 1907.
