L'Album de Musset : adresses et lieux divers - de plaisir, de partage, d'amitié, de repos également...

Rue de la Grange-Batelière • Hôtel Nolivos • Bury • La Madeleine • Samois • Café de la Régence • Manoir de Bonaventure • Rue du Mont-Thabor • Eglise Saint-Roch…


L'Album de Musset s'étoffe quelque peu... Et notamment, du point de vue des lieux. Qui eux-mêmes induisent d'autres liens. Il va être question et beaucoup d'Alfred TATTET, l'ami. Il n'est pas le seul, mais il est une de ces présences fortes auprès de Musset. Les différents lieux de résidence de sa vie ont également été ceux de Musset.


Paris, la rue Grange-Batelière, Bury, La Madeleine (non parisienne)... Un détour par le cimetière de Samois, dernière demeure de Tattet.



Ainsi, le soir, sur le coup de minuit, quand tout ce monde de viveurs levait le siège au Café de Paris, il ne faudrait pas croire que c'était pour s'aller coucher, comme les bons bourgeois du Marais. Ah ! mais non. A ce moment psychologique, on était sûr d'entendre dans le brouhaha la voix de Tattet ou celle de Guttinguer.

Le premier disait : "Qui vient souper rue Grange-Batelière ou à Bury ?" Le second : "Qui m'accompagne aux Lilas ou à la Terrasse ?" Cela dépendait du temps et de la saison.

Alors pendant que les autres dandys sautaient dans les fiacres qui stationnaient devant la porte et se faisaient conduire à Enghien ou Morfontaine, Alfred de Musset, Roger de Beauvoir, Belgiojoso, d'Alton-Shée, Chaudesaigues, Arvers, etc., emboîtaient le pas à Tattet ou à Guttinguer et filaient avec eux, qui sur Bury, qui sur Saint-Germain.

Disons tout de suite que Bury trouvait généralement plus d'amateurs que la Terrasse, parce que chez Tattet on pouvait emmener des filles, tandis que chez Guttinguer, quoique la dame du logis ne fût pas bégueule, il fallait se contenter d'en parler et d'en rire.

Mais avant de monter en voiture, Musset avait bien soin de s'approvisionner de cigares au bureau de tabac qui faisait le coin de la rue Laffite, - histoire d'échanger un dernier regard avec la demoiselle du comptoir, jolie blonde aux yeux provocants.

Léon Séché, Etudes d'histoire romantique : Alfred de Musset - L'homme et l'oeuvre, les camarades, Paris, Mercure de France, 1907.







Album-Musset-Bury

« Bury était la maison de campagne de M. Tattet, père ;

Margency, le pavillon de chasse ou de rendez-vous du fils. On menait joyeuse vie dans l'une et dans l'autre. Bury existe encore : il est situé près d'Ermont, dans la vallée de Montmorency.

[...]

Comme l'écrivait un jour Tattet, on ne voyait Musset "que dans les grandes joies ou dans les grandes douleurs", partant, quand il était heureux ou malheureux au jeu ou en amour. Mais il était si séduisant dans son élégance native, avec sa tête de Chérubin et son petit air cavalier, il savait être si aimable quand il voulait s'en donner la peine, qu'il était toujours le bienvenu rue Grange-Batelière, à Bury ou à Margency. Ces jours-là,il était bien rare que la Muse ne lui soufflât quelques rimes nouvelles, et lorsque, après une chevauchée en forêt, Mme Tattet, la mère d'Alfred, tendait en souriant son album au jeune poète, elle était à peu près sûre qu'il y coucherait de jolis vers.

[...]

Quand il revint, le coeur saignant, de sa folle équipée de Venise, n'est-ce pas encore à Bury qu'il trouva le réconfort dont il avait si grand besoin ? Il avait tout brisé, tout mis en pièces chez lui, en y rentrant, les bibelots, les gravures et les livres. Alfred Tattet fut assez heureux pour le réconcilier alors avec l'art et la vie, en lui faisant accepter une belle épreuve de la Sainte-Cécile de Raphaël. Ce sont là des choses qui ne sauraient s'oublier de part ni d'autre ».

Léon Séché, La Jeunesse dorée.


« Ainsi, le soir, sur le coup de minuit, quant ce monde de viveurs levait le siège du Café de Paris, il ne faudrait pas croire que c'était pour s'aller coucher, comme les bons bourgeois du Marais. Ah ! mais non. A ce moment psychologique, on était sûr d'entendre dans la brouhaha la voix de Tattet ou celle de Guttinguer. Le premier disait : "Qui vient souper rue Grange-Batelière ou à Bury ? " Le second : "Qui m'accompagne aux Lilas ou à la Terrasse ? " Cela dépendait du temps et de la saison. Alors pendant que les autres dandys sautaient dans les fiacres qui stationnaient devant la porte et se faisaient conduire à Enghien ou Morfontaine, Alfred de Musset, Roger de Beauvoir, Belgiojoso, d'Alton-Shée, Chaudessaigues, Arvers, etc., emboîtaient le pas à Tattet ou à Guttinguer et filaient avec eux, qui sur Bury, qui sur Saint-Germaiin. Disons tout de suite que Bury trouvait généralement plus d'amateurs que la Terrasse, parce que chez Tattet on pouvait emmener des filles, tandis que chez Guttinguer, quoique la dame du logis ne fût pas bégueule, il fallait se contenter d'en parler et d'en rire. Mais avant de monter en voiture, Musset avait bien soin de s'approvisionner de cigares au bureau de tabac qui faisait le coin de la rue Lafitte, - histoire d'échanger un dernier regard avec la demoiselle du comptoir, jolie blonde aux yeux provocants ».

Léon Séché, Alfred de Musset.


Façade de  Bury et une partie du mur d'enceinte...

Le pigeonnier.

Bury, au verso. Niché dans un écrin de verdure.

Un parc public permet cette vue. Les arbres ont, pour quelques uns, très certainement connu les deux Alfred...

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www.musset-immortel.com

Dessin de Jacques POHIER, 1871-1951

B U R Y

Bury (en 2006)

Le domaine, demeure et parc, accueille aujourd'hui les élèves d'un collège et d'un lycée.

Des extensions modernes complètent les infrastructures de l'établissement.


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