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Napoléon


I

Oh ! d'ennemis sans foi grand vainqueur et bon hôte,

Dis-nous, dis-nous laquelle eut la voix la plus haute,

Ou bien de cette mer de peuples, de soldats,

Qui roulait à tes pieds vivante, et dans ses bras


Te prenait, comme fait d'un enfant sa nourrice ;

Ou de cette autre mer, éternel précipice,

Qui, brisant son flot morne au rocher d'un écueil,

Te vit vieux avant l'âge et ferma ton cercueil !


II

Napoléon ! ton nom est un cri dans l'histoire,

Un immortel écho réveillant l'avenir,

Et lui disant qu'il fallait de la Gloire

Encor se souvenir.


Au temps où tu parus on l'avait oubliée ;

La France s'inclinait sous l'infernal couteau,

Elle allait s'endormir quand tu l'as réveillée

Au pont d'Arcole agitant ton drapeau.


Elle comprit alors que ce vaste ossuaire

Qu'avaient fait en passant les exterminateurs,

Que ce hardi drapeau n'était pas un suaire

Et qu'il pouvait mener ailleurs !


Où donc ? A la mort, à la Gloire !

Ainsi disait Polyeucte mourant.

Sur le beau sein de la belle Victoire,

Ainsi mourut un guerrier expirant.


France, dont l'Aigle, amour de la Patrie,

Sur nos soldats planait du haut des cieux,

Ouvrant son aile ou sanglante ou meurtrie

Suivait partout ce jeune audacieux.


Adieu, temps immortels, les plus grands de l'histoire,

Vous les plus chers aux Muses de mémoire ;

Sur cette cendre que j'aimais

Il faut écrire "A tout jamais".


Tu sais qu'on t'aime et tu crois qu'on t'oublie,

Tombeau vivant de nos aïeux,

Terre où leur cendre, à peine ensevelie

S'arrose encor de larmes de nos yeux.


Alfred de MUSSET


Poème issu des Poésie pothumes - sans date


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