Sonnet

 

Non, quand bien même une amère souffrance

Dans ce cœur  mort pourrait se ranimer;

Non, quand bien même une fleur d'espérance

Sur mon chemin pourrait encor germer;

 

Quand la pudeur, la grâce et l'innocence

Viendraient en toi me plaindre et me charmer,

Non, chère enfant, si belle d'ignorance,

Je ne saurais, je n'oserais t'aimer.

 

Un jour pourtant il faudra qu'il te vienne,

L'instant suprême où l'univers n'est rien.

De mon respect alors qu'il te souvienne !

 

Tu trouveras, dans la joie ou la peine,

Ma triste main pour soutenir la tienne,

Mon triste cœur pour écouter le tien.

 

 

Alfred de MUSSET

 

 

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