Alfred de MUSSET et la Muse…

 

Suite... « Or, pendant ce temps-là on agitait la question de savoir

où serait érigé le monument du poète des Nuits.

 

On avait d'abord eu l'idée saugrenue de le dresser devant l'Eglise Saint-Augustin,

mais l'emplacement ayant été attribué à la statue équestre de Jeanne d'Arc,

on fut bien obligé de chercher ailleurs.

Vous pensez peut-être qu'on se rabattit sur le quartier des Ecoles.

Que nenni ! La chose aurait été trop naturelle.

Le poète de la jeunesse ne pouvait pas avoir sa statue entre la place Saint-Michel

et le Jardin du Luxembourg. Il aurait été trop bien dans son milieu.

Et chacun sait qu'à Paris les choses ne se passent pas comme ailleurs.

Voyez plutôt où sont les statues de Victor Hugo et de Lamartine.

Sous prétexte qu'ils sont morts à Passy, on les a chassés du centre de Paris

où leur place était marquée dans l'esprit de tous ceux qui ont pour deux liards de bon sens.

Est-ce que la vraie place de Victor Hugo n'était pas le Parvis de Notre-Dame,

et celle du monument de Lamartine, devant l'Hôtel-de-Ville ?

 

Eh bien, le monument d'Alfred de Musset aura le même sort que ses glorieux émules.

Il sera érigé à une lieue de l'endroit où il devrait l'être.

M. Jules Clarétie racontait récemment que l'emplacement choisi par le Conseil municipal

est la partie du Théâtre-Français qui fait angle avec la rue Saint-Honoré.

 

C'est à n'y pas croire, mais c'est ainsi :

la Muse des Nuits remplacera le kiosque

où les acteurs de la Comédie achètent ordinairement leurs journaux !

J'espère bien que la marchande des feuilles publiques

sera autorisée à les vendre dans le dos de la Muse.

De la sorte il n'y aura pas de terrain de perdu l'utile sera joint une fois à l'agréable.

Qui donc a dit que les marbres appelaient la verdure ?

A Paris la verdure est faite pour les chalets de nécessité,

et les statues qu'on n'exile pas sont mises dans les coins comme bouche-trou.

C'est navrant.

Décidément Mme Lardin de Musset a bien fait de mourir

avant que fut inauguré le monument de son père [sic].

La dernière fois que je la vis, elle espérait encore qu'on lui accorderait

un emplacement convenable - et quelques-uns parlaient de l'ériger

sur le terre-plein ombragé qui fait face au Théâtre-Français.

Mais il faudrait pour cela déplacer deux édicules

dont un au moins est de première nécessité :

le bureau d'omnibus et l'autre.

Or chacun sait que la Cie des omnibus n'est pas assez riche pour louer une boutique

auprès de la Civette, et que par ce temps de maladie de vessie

on ne saurait trop multiplier les colonnes Rambuteau.

Annales Romantiques, 1905.

 

   Retour au Parc Monceau...

 

 

eXTReMe Tracker