Biographie de Musset, suite...
En 1854, paraît dans la collection des Contemporains, la biographie que lui consacre Eugène de Mirecourt. On pouvait s’attendre à des coups de griffes de la part de Mirecourt. Si l'auteur ne craint pas d'utiliser des termes tels que « alcool, prostitution, débauche »1, on reste surpris de constater que l'hommage rendu au poète est parfois vibrant.
« Il a besoin d’une secousse violente pour raviver entre ses mains le flambeau de la poésie qui va s’éteindre »2 estime le biographe qui espère que son livre produira cet effet. Loin d’imaginer la mort du poète trois ans après, le biographe lui lance des encouragements plus que chaleureux :
« [...] Marche dans la route que Chateaubriand, Victor Hugo, Lamartine, tous nos grands écrivains, ont suivie avant toi. Une page de chacun d’eux a suffi depuis longtemps pour aplatir les cent volumes de Voltaire, et la tienne [...] continue la tâche. Ne l’oublie pas, les saintes croyances donnent au poëte une double auréole. Tu es taillé dans le granit avec lequel on sculpte les géants, [...] ! »3
Ce passage est très impressionnant. La question que pose ensuite l’auteur est la
suivante : « M. de Musset voudra-
Malgré son élection à l’Académie Française cinq ans plus tôt, peu de monde, dit-
Suivant plusieurs témoignages, c’est ensuite que les choses se gâtent un peu.
En effet, « lorsqu’il s’agit d’aller au Père Lachaise, la foule s’éclaircit singulièrement.
Sans la compagnie de soldats qui escortait le défunt comme membre de la légion d’honneur
et le costume de quelques académiciens, ce pauvre enterrement n’eût fait retourner
la tête à personne »6. Le parterre de jeunes femmes présent à l'enterrement ne pouvait
se rendre au cimetière, précisons-
En 1835, la Revue des Deux Mondes avait publié ces vers qui sont un fragment du Saule :
« Mes chers amis, quand je mourrai,
Plantez un saule au cimetière.
J’aime son feuillage éploré ;
La pâleur m’en est douce et chère,
Et son ombre sera légère
A la terre où je dormirai »11.
Pour la petite histoire, « Le saule fut planté, mais, dit-
La personne qui raconte ceci se nomme E. Noël et dit agir sur l'impérieux désir de
l’un de ses amis, le colonel argentin Ascazuli, poète lui aussi. Ce dernier aurait
été frappé de l’état de dépérissement du saule lorsqu’il avait visité la tombe d’Alfred
de Musset. « Peut-
M. Noël, plus de quarante ans plus tard, dupe ou non, écrira tout de même ceci : « sans doute aujourd’hui, le pauvre saule a bien vieilli et bien chétif est son aspect ; mais ce qu’il dit est grand, pour qui sait entendre, et le souvenir qu’il proclame, et auquel je m’honore d’être modestement associé, reste éternel »15. Nous terminons ce portrait sur ce dernier hommage...
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A suivre dans la section Monuments, un périple au Père-
1 Eugène de Mirecourt, Alfred de Musset, op. cit.
2 Ibid.
3 Ibid.
4 Ibid.
5 Philibert Audebrand, La Gazette de Paris, Causeries -
6 Firmin Maillard, Le Requiem des gens de lettres : comment meurent ceux qui vivent du livre, Paris, H. Daragon, 1901.
7 Ibid.
8 Le Gaulois, 4 mai 1883, signé Tout-
9 Arsène Houssaye, Confessions, extrait de L’Intermédiaire des chercheurs et des
curieux, 1926.21.Volume 89 -
10 Albéric Second, La Comédie Parisienne, extrait de L’Intermédiaire des chercheurs
et des curieux, 1926.21.Volume 89 -
11 Alfred de Musset, Œuvres Complètes, Editions du Seuil, extrait de Lucie, Elégie. Ces six vers sont gravés sur la stèle du tombeau de leur auteur.
12 Cahiers Alfred de Musset, op. cit., allocution de M. Maurice Allem.
13 L’Intermédiaire des chercheurs et des curieux, 1905.18.Volume 51 -
14 Ibid.
15 Ibid.