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Vacances des garçons de Musset, dans la maison des Clignets, Route de Viarmes, près de la forêt de Carnelle.

« Ils avaient dressé au milieu de la cour une grande meule de foin. A quelques pieds au dessus du sol, nous remarquâmes dans cette meule une ouverture étroite comme une lucarne, où parut la tête d'un chat. Nous nous élançâmes à la poursuite de l'animal, qui sortit de l'autre côté de la meule par une galerie intérieure. Enchantés de cette découverte, nous n'allions plus à la ferme sans traverser la meule de foin par le chemin des chats ».


Biographie d'Alfred de Musset, Paul de Musset.


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L'enfant...

« Dans un seul jour, il brisa une des glaces du salon avec une bille d'ivoire, coupa des rideaux neufs avec des ciseaux, et colla un large pain à cacheter rouge sur une grande carte d'Europe au beau milieu de la mer Méditerranée. Ces trois désastres ne lui attirèrent pas la moindre réprimande, parce qu'il s'en montra consterné.

C'est moi qui me chargeai d'en perpétuer le souvenir. Dans nos conciliabules, lorsqu'il me demandait mon avis sur une chose faite que je n'approuvais pas, je lui disais :

« La glace est brisée, n'y pensons plus; tâche au moins de ne pas couper les rideaux et de ne pas coller de pain à cacheter dans la mer Méditerranée ».

Présentés sous cette forme, les avertissements le faisaient rire, et il écoutait le reste avec patience ».

Biographie d'Alfred de Musset, Paul de Musset.

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« Alfred de Musset s'amusait quelques fois à dire que, dans son enfance, il avait été aussi bête qu'un autre ; mais je ne crains pas d'affirmer qu'il donna de très bonne heure des preuves d'une rare précocité d'intelligence. Lorsqu'on l'eut mené pour la première fois à l'église, ce fut le plus innocemment du monde qu'il dit à sa mère :

« Maman, irons-nous encore dimanche prochain à la comédie de la messe ? »

Et il ne se douta pas du sens voltairien de ses paroles ».

Biographie d'Alfred de Musset, Paul de Musset.

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« Voici un autre mot où l'on reconnaît que l'enfant parle avec connaissance de cause. Il avait commis je ne sais quelle peccadille, et sa jeune tante Nanine, pour laquelle il avait une tendresse toute particulière, lui déclara que, s'il continuait ainsi, elle ne l'aimerait plus.

– « Tu crois cela, lui répondit-il ; mais tu ne pourras pas t'en empêcher.

– Si fait, Monsieur, » reprit la tante.Et, pour donner plus de poids à cette menace, elle prit l'air le plus sévère qu'elle put. L'enfant un peu inquiet la regardait avec attention, épiant les moindres mouvements de sa physionomie. Au bout de quelques minutes, il remarqua un sourire involontaire et s'écria :

- « Je te vois que tu m'aimes ! »

Biographie d'Alfred de Musset, Paul de Musset.

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« Au mois de juin 1814, je fus séparé de mon frère pendant quelques jours. [...] On me laissa chez la grand'tante Denoux, et on partit pour la Champagne, où eut lieu le mariage. Durant le voyage, la tête blonde de mon frère, toujours à la portière de la chaise de poste, attira l'attention des paysans, qui s'imaginèrent voir le roi de Rome. Il y eut une émeute dans un village où l'on s'arrêta pour changer de chevaux, et l'on eut quelque peine à se tirer des mains des Champenois, persuadés qu'ils avaient sous les yeux le fils du grand exilé de l'île d'Elbe ».

Biographie d'Alfred de Musset, Paul de Musset.

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« Un jour, - il s'amusait bien tranquillement avec ses jouets, - sa mère reçut la visite d'une certaine cousine Clélie qui arrivait de Liège. On lui fit raconter les horreurs de la guerre d'invasion, la tristesse des conquêtes perdues de la République et de l'Empire, ce dont elle s'acquitta avec une grâce charmante et une émotion dont l'enfant fut le premier touché. Alfred devint bientôt amoureux de la cousine Clélie. Elle inventait pour lui les plus jolis contes et le tenait sous le charme d'intarissables histoires. Si bien que séduit, il la demanda en mariage le plus sérieusement du monde et se crut sincèrement son mari. On imagine la scène et comme ce caprice d'enfant dut attendrir les parents. Mais vint le jour de la séparation. Alfred pleura et l'on comprit alors qu'il s'agissait d'un chagrin profond et d'une vraie passion. Lorsque peu de temps après la cousine se maria, on eut bien garde de le lui dire.

Il ne devait savoir la vérité que quatre ans plus tard ».

André Villiers, La Vie privée d'Alfred de Musset, Paris, Librairie Hachette, Collection "Les Vies privées", 1939.

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Une variante...

« Il s'éprit d'une jeune fille, qui était de passage à Paris ; de qui il aurait dit quand on lui apprit qu'elle était sa parente : « Ah ! elle est à moi, eh bien je la garde », et qu'il demanda en mariage. On la lui accorda, bien entendu. [...] J'en ai connu comme tout le monde, mais je n'ai jamais vu que cette forme de la sympathie prît la gravité d'une passion, comme il advint, assure-t-on, pour Alfred de Musset. Quand cette cousine repartit, il pleura, ce qui est bien naturel ; et quand, plus tard, elle se maria, on le cacha à son précoce amoureux par crainte de lui causer un trop grand chagrin ».

Maurice Allem, A la gloire de... Musset, Paris, Edition de La Nouvelle Revue Critique, 1940.

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« Alfred entra en sixième comme externe libre au collège Henri IV. C'était la première épreuve, la première rencontre réelle avec la vie. Le bel enfant blond, aux longs cheveux, pomponné et coquet, fier de son joli col festonné, revint en larmes le premier soir. Il était le plus petit, le plus délicat de la classe. Il avait l'air d'une fillette arrachée aux bras de sa maman, et n'avait essuyé que quolibets et moqueries. Le surnom n'est peut-être pas de ce jour-là, mais certainement on y pensait déjà ; on le lui donné bientôt et il lui resta ; on l'appela

« Mademoiselle de Musset ».

On lui coupa ses beaux cheveux, mais trop tard, la persécution continua. A la sortie du collège, ses camarades le poursuivaient. Il était le moins fort, il n'avait pas sa lance enchantée ! Avant d'être sous la protection du domestique qui venait le chercher, il était maltraité, frappé. Il arrivait le visage en sang, les habits en désordre. Jusqu'au jour où son ami Léon Gobert, qui malheureusement ne suivait pas tous les cours, se trouva là pour le défendre et administrer une raclée aux adversaires ».

André Villiers, La Vie privée d'Alfred de Musset, Paris, Librairie Hachette, Collection "Les Vies privées", 1939.




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